Il y a peu, j’expliquai à ma mère que ma fille (10 mois à ce moment là) enlève son bavoir à tous les repas, du coup elle salit régulièrement ses pyjamas ou ses habits. Elle me répond alors :

« Et c’est elle qui décide ? »

Cette petite phrase anodine m’a mise face à sa réalité, la façon dont on a été élevés : ce que les parents décident doit être fait, sans discussion. Combien d’incompréhension, de disputes voire même de claques à cause de ce fonctionnement quasi-militaire ?

« Je n’ai pas l’intention de me disputer avec elle pour si peu »

Lui répondre ça a été pour moi comme une revanche. Je lui ai expliqué que lorsqu’elle a des beaux habits je met un grand bavoir en plastique qu’elle n’arrive pas à enlever ou je la change le temps du repas, que je souhaite que le repas comme le reste soit un moment convivial et que je préfère qu’elle se salisse plutôt qu’elle pleure et/ou que je m’énerve. Elle a semblé comprendre puis est passé à autre chose.

En plus de la laisser enlever son bavoir, je la laisse essayer de manger seule !

Il y a quelques jours, j’expliquai à mes collègues de boulot mes nuits difficiles depuis la reprise car ma boulette a besoin de câlins nocturnes. Pas de manger, pas de boire, pas d’être changée,… Non juste d’être contre moi.

« Tu as essayé de la laisser pleurer ? »

« Non, je ne la laisse pas pleurer ».

« Ah tu n’y arrives pas ? »

« Déjà non et puis c’est surtout parce que je ne souhaite pas ça pour ma fille »

Yeux ébahis. J’ai quitté la pièce à ce moment-là et j’entendais la suite de la conversation « Machinchouette non plus n’arrive pas à laisser pleurer son fils… ». Ce n’est pas ce que j’ai dit : je ne veux pas la laisser pleurer. C’est si inconcevable de ne pas vouloir la laisser pleurer quitte à prendre le risque de l’endormir aux bras encore longtemps ou de me lever la nuit pendant quelques mois (pas années, svp, pas années…) encore pour la câliner ?

Le « pire » de mes choix reste ce que j’appelle le « câlin du dodo » : endormir ma fille aux bras est ce qui me vaut le plus de réflexions. Si à ses 7 mois environ elle s’endormait seule dans son lit la journée, tout s’est rapidement arrêté et on a du recommencer les câlins. Depuis ma reprise elle a aussi besoin de câlin la nuit… Elle en a : la journée, le soir, la nuit. Je suis fatiguée, je ne dors pas beaucoup parfois mais j’assume mon choix malgré les :

 » Elle ne sait plus s’endormir seule »

« Vous ne serez jamais tranquilles »

et le pompon :

« Le problème c’est que pour son avenir, ce n’est pas bon« .

Nous y voilà, elle a 11 mois et accepte à nouveau de s’endormir toute seule comme une grande en journée, chez nous comme chez sa mamie.

Je ne critique pas les gens qui fonctionnent différemment, je ne les comprend juste pas. De la même façon qu’ils ne me comprennent probablement pas. Mais quand ce sont nos enfants, nos valeurs, nos choix, etc. l’incompréhension est souvent présente et le jugement la rejoint.

Je me dis parfois que je suis et serai peut être trop laxiste, trop gentille,… Mais je n’ai pas l’intention de lui « apprendre la frustration » car elle y est déjà confrontée au quotidien malgré tout : elle n’a pas le droit de toucher à tout même si elle peut balader dans toute la maison, elle n’a pas le droit de nous mordre même si je ne la gronde pas quand elle le fait, elle n’a pas le droit d’aller par terre quand on est à l’extérieur (à quatre pattes alors qu’elle met tout à la bouche…), elle n’a pas le droit de manger ce qu’on mange et qu’elle lorgne avec envie,… La frustration est là, partout, elle la découvrira avec ou sans bavoir pendant les repas.

Nos enfants, nos choix, nos valeurs. 

Apprenons à se faire confiance.