Il ne restera que des cicatrices.

Je vais vous raconter pourquoi je n’oublierai jamais mes 30 ans. Pourquoi je n’ai pas envie de les fêter, pourquoi ils resteront à jamais gravés en moi. L’histoire de mes 30 ans et celle de ma « grossesse extra utérine »…

Mais commençons par le commencement.

Il y a environ 3 semaines, j’étais quand même assez essoufflée et pourtant pas malade. Quelques jours de retard de règles plus les symptômes, plus l’absence de maux de tête,… Bref je suis allée faire une prise de sang.

Miracle ! Alors qu’on avait attendu 2 ans pour notre princesse et un petit coup de pouce médical, voilà qu’un petit champion venait de se loger dans mon bidon après seulement 3 mois d’arrêt de la pilule.

Je n’avais qu’une hâte : crier au monde entier que j’étais enceinte, que nous allions être encore papa et maman, que mon corps était finalement une machine à bébé fonctionnelle, que notre poupée allait être grande sœur, que nous serions quatre cet été,…

Si nous avions décidé de ne rien dire au début, ça a été difficile à cacher aux parents pendant les fêtes : « Comment ça tu ne manges de saumon ? Non c’est pas vrai, tu en manges tous les ans. Ah, c’est une blague ?! » Bref, nos parents ont été mis au courant pour faciliter les choses, parce que c’était Noël et parce que bon, ça fait du bien de lâcher le morceau !

Le 31 décembre nous fêtions les 2 ans de notre jolie poupée, même si on a fini à la permanence médicale pour une poussée de fièvre qu’on ne sait toujours pas expliquer.

Le début du calvaire.

Le 1er janvier, cette fois c’est mon anniversaire. On commence par un peu de ménage et le chéri avait prévu qu’on aille au restaurant pour l’occasion. Mais d’un coup, une douleur insoutenable. Je m’allonge sur le canapé, lui demande des spasfon  et attend patiemment que ça passe. Il me demande si je veux aller voir un médecin, je dis que non, j’ai rendez vous dans 3 jours avec la gynécologue, ce n’est pas la peine.

Toute la journée, la douleur est restée présente mais tolérable. Mais le soir, rebelote. A peine la petite couchée, la douleur s’est ravivée. Horrible. Deux spasfon et au lit. J’ai mis du temps à m’endormir, Yuna n’arrêtait de se réveiller à cause de son rhume, impossible de m’apaiser et de m’endormir réellement.

Il est 3h du matin, je suis réveillée par la douleur. Ce n’est pas normal, c’est trop fort, quelque chose ne va pas. J’envoie le chéri s’occuper de Yuna qui se réveille encore. Quand il revient je lui dis que j’ai mal, très mal. Il me propose l’hôpital mais je ne veux pas réveiller la petite, la traîner dehors à cette heure là…

Mais j’ai trop mal, je finis par accepter, je sais que quelque chose ne va pas. Au moment de partir je vais aux toilettes et je vois que je perds du sang. Je fond en larme. Je le sens, c’est fini.

L’expédition :

On ne réfléchit pas, direction l’hôpital le plus proche. Marcher, m’asseoir, les secousses de la voitures, les accélérations et les freinages me font vraiment souffrir.

Une fois arrivés aux urgences, on me dit « Ce n’est pas ici, on n’a pas ce qu’il faut ! Allez à La Timone« . Je retourne à la voiture, le chéri remet Yuna dans son siège auto. C’est reparti pour souffrir.

Et encore une fois, même scénario : je me dirige seule aux urgences pendant qu’il sort la petite de la voiture. Le temps qu’il arrive, on me dit « Ah mais ce n’est pas ici ! Il faut aller à La Conception !« . La douleur est trop forte, la peur trop présente. Et en plus, voilà une crise d’angoisse, impossible de respirer, je respire comme un phoque, je ne peux plus parler. Une infirmière me fait rentrer dans son box, me calme, me parle, m’explique que ce n’est peut être pas grave, que ça arrive,… Mais je le sais au fond de moi : ce n’est pas normal. Il ne peut pas être normal de souffrir plus enceinte que lors d’un accouchement.

On retourne à la voiture. Le chéri est énervé, moi j’ai mal et je crois qu’on a peur tous les deux, enfin tous les trois. On arrive au troisième hôpital.

Enfin on s’occupe de moi.

On me pose trente six questions, je veux juste qu’on me dise si mon bébé est vivant… L’administratif devrait passer après non ? Prise de sang, pipi dans un pot puis enfin une échographie pelvienne… qui me fait un mal de chien ! Elle ne sait pas me dire ou elle n’ose pas je ne sais pas. Elle attend l’interne. Et on recommence les questions et l’échographie pelvienne, abdominale, re-pelvienne. Je souffre, c’est horrible, qu’il arrête ! En plus il ne dit rien, c’est insoutenable. J’essaie de voir l’écran, comme si j’allais comprendre quelque chose… « Comment savez vous que vous êtes enceinte ? » La question qui veut tout dire… Il me reste une once d’espoir mais je crois que je n’attend à ce moment là qu’une chose : qu’il m’annonce la mauvaise nouvelle.

Il fallait qu’il le dise pour que j’accepte : « C’est une grosse extra utérine, vous vous en doutiez ? »

Puis il arrête, il pose tout et m’annonce enfin que c’est une grossesse extra utérine, que l’œuf est dans une trompe et qu’ils vont devoir m’opérer, cette nuit. Que cette grossesse n’est pas viable, qu’un bébé n’a pas la place de se développer, que ce n’est pas ma faute, que ça arrive,… Je ne sais même plus ce qu’il m’a dit, je pleurais sans m’arrêter. Puis il m’a expliqué la procédure, qu’il était possible que ma trompe soit trop endommagée, je n’écoutais plus vraiment je n’ai retenu que ça.

Après, il a expliqué le tout au chéri pendant que je tentais de rassurer ma fille : la grossesse extra utérine, l’intervention en urgence, la procédure, les risques,… Cette coquine, maligne du haut de ses deux ans, a bien compris que le monsieur disait plus de choses que moi. Et si elle n’a pas du comprendre ce qu’il racontait à son père, elle l’écoutait lui, pas moi.

Le temps de leur faire un bisou et puis ils sont partis pendant qu’on me préparait. Les médicaments ont apaisé ma douleur, pas ma peine. Puis je suis partie au bloc pour la toute première opération de ma vie. L’anesthésiste me posait des questions, « c’est un sans faute ! » me dit-il au vue de mes réponses. Je lui ai répondu « Jusqu’à aujourd’hui…« , il m’a sourit.

Arrivée au bloc, ils étaient détendus, ça m’a rassurée. Puis je me suis réveillée. J’avais si froid ! C’était fini. J’ai entendu dans un demi sommeil « Madame ? vous êtes réveillée ? » … « on a préservé sa trompe, elle le sait ? »  j’ai pu sortir un « j’ai entendu » sans réussir à ouvrir les yeux.

C’est terminé.

Une fois le soulagement de la douleur passée, une fois remise de l’anesthésie, j’ai réalisé. C’est terminé. Il n’y a plus de bébé dans mon ventre. J’aurai à jamais ces cicatrices sur mon ventre et dans mon cœur, c’est tout ce qu’il nous reste.

J’avais besoin de mettre des mots là-dessus, de tout sortir même si je ne suis pas encore capable de parler d’émotions je peux parler de cette « grossesse extra utérine », je peux dire ce qu’il m’est arrivée. Pour le reste, il va me falloir encore un peu de temps…

36 réflexions sur “Il ne restera que des cicatrices.

  1. Céline dit :

    Oh ma belle 🙁 je suis tellement désolée, imagine à peine ce que tu peux ressentir… alors comme je n’aurais de toute façon pas les mots je te fais de gros bisous et si tu as besoin n’hésite pas…

    • Famille Plume dit :

      Merci Céline ♥ Il n’y a pas grand chose à dire, mais je sais qu’il y a beaucoup de personnes ici qui sont là et ça me fait un bien fou. Et puis je suis bien entourée « IRL » ce qui m’aide vraiment. Merci du fond du cœur.

  2. Nelly S. dit :

    De tout coeur avec vous. Perso, j’ai fait un « avortement spontané » en juillet 2004 et je ne suis jamais retombée enceinte malgré des tentatives de PMA (maintenant que je sais pourquoi, c’est plus facile à accepter… quoique…). Je comprends votre ressenti même si nous n’avons pas vécu la même chose mais le résultat est hélas le même. La cicatrice du coeur va mettre longtemps à se refermer et vous n’oublierez jamais ce bébé. Il m’a fallu plus de 10 ans et une hypnothérapie (entre autre) pour accepter la perte de cet enfant qui aurait dû naître vers le 18 mars 2005. Cela fait maintenant 2 ans que je n’ai plus de crise de déprime profonde et inexplicable à l’arrivée de cette date. Je n’oublie pas mais j’ai fini par passer à autre chose. J’espère que vous surmonterez cette épreuve. Votre billet est déjà un premier pas vers la guérison : mettre des mots sur ce qui est arrivé, sortir du silence et peu importe que ce soit « trop tôt », « trop personnel », l’important c’est de dire les choses telle qu’on les ressent. Bon courage pour la suite et je vous souhaite d’avoir la chance de réaliser un jour votre désir de faire une grande soeur de votre petite Yuna : votre « machine à bébé » a été préservée. Tout espoir n’est pas perdu mais prenez le temps de vous reconstruire.

    • Famille Plume dit :

      Merci beaucoup pour ce témoignage. Effectivement, je crois qu’il ne faut pas chercher à oublier (comment pourrions nous ?) mais à vivre avec : accepter nos erreurs si il y en a eu, accepter cette perte,… Bravo pour le chemin parcouru, bravo pour avoir aujourd’hui le courage de venir soutenir d’autres personnes. Et surtout merci, vraiment.

  3. pat andco dit :

    je te rejoint sur le faite que nous le sentions sans vouloir ce l’admettre et l’accepter, de plus on est beurioder a droite a gauche comme dans le space moutain avec toutes ces émotions qui ce cahutent en nous, le temps aide a accepter, ne culpabilise pas,bien sur on n’oublie pas!

    • Famille Plume dit :

      Je ne culpabilise pas, j’aurai aimé plus de réponses cependant. Pourquoi ? Est ce mon corps ou juste la faute à pas de chance ? Puis je éviter ça maintenant ? Bref, j’espère avoir des réponses lors des prochains rdv… Merci en tout cas.

  4. Die Franzoesin dit :

    Je suis tellement désolée pour toi 🙁 . Je t’envoie plein de courage et d’ondes positives pour surmonter ça. Si tu as besoin n’hésite pas à venir nous en reparler. Plein de bises.

    • Famille Plume dit :

      Merci, c’est très gentil. Je sais que je peux trouver du réconfort auprès de certaines sur internet, aussi étrange que cela puisse paraître ! Mais j’ai la chance d’être bien entourée, c’est essentiel pour avancer ! Merci encore.

  5. Ange dit :

    Courage ma belle, vraiment désolée pour vous. Je vous souhaite beaucoup de courage pour affronter cette épreuve… On pense à vous

    • Famille Plume dit :

      Merci poulette. J’ai la chance d’avoir Yuna et Thomas, et ma famille. Je suis bien entourée pour affronter ça. Bisous ♥

  6. Laetitia dit :

    Je crois que personne ne peut trouver les mots nécessaires…mais je pense tres fort à toi à vous…n hésite pas si tu as besoin de parler…

  7. Mélimélanie dit :

    Après ton commentaire sur mon article je suis venu voir ton blog.
    Et je suis tombée sur cet article qui me bouleverse pour toi.

    Ces 4 petites cicatrices font aujourd’hui parti de moi depuis un an et demi. Je les ai vues évoluer pendant la grossesse de mon fils. Et moi qui les détestaient auparavant j’ai presque appris à les aimer.

    Elle m’ont rendu plus forte, c’est une partie de mon histoire. Pas la plus agréable ni la plus facile mais elle existe. Cette grossesse fera a jamais parti de moi. Il n’y a pas de bébé mais il y a ces cicatrices. Si petites à l’extérieur mais bien là. Comme pour justifier ce petit morceau de mon cœur qui aime l’invisible.

    Une GEU c’est une grossesse (ça me faisait hurler qu’on me dise ça mais j’en suis belle et bien à 3 grossesses et non deux, médicalement parlant), et c’est un deuil aussi. N’hésite surtout pas à te faire aider si tu en as besoin.

    Je t’envoie pleins de courage pour cette période et je te souhaite rapidement de pouvoir relancer une grossesse qui cette fois ci t’apportera un beau petit bébé en plein forme.

    On ne se connait pas mais je t’embrasse et te souhaite le meilleur.

    • Famille Plume dit :

      Merci, infiniment.
      Les témoignages que je lis m’aident, je me sens moins seule, un peu moins perdue. Je me sens bête d’avoir aimé un si petit bébé, qu’on n’appelle même pas bébé d’ailleurs, d’avoir investi cette grossesse si rapidement. Mais comment aurais-je pu faire autrement ?
      J’ai la chance d’avoir déjà ma fille, qui me rend si heureuse jour après jour et mon chéri qui m’aide et qui m’aime. Bref, ces cicatrices me rassurent un peu, elles sont la preuve que ce que j’ai aimé était réel, infiniment petit, peut être pas vivant, mais réel.
      Merci encore. ♥

  8. maman louve dit :

    Je suis très touchée par ton billet…je n’imagine pas ta douleur..Nos histoires sont différentes mais tu connais la mienne et je peux juste te dire qu’il faut du temps pour cicatriser, et les cicatrices du coeur sont parfois plus longues que le physique. Je pense bien à toi, je te souhaite qu’un beau petit bébé se niche très vite en toi et je t’embrasse fort.

    • Famille Plume dit :

      Merci beaucoup ♥
      Je pense qu’en fait je n’arrive pas encore à réaliser. Je sais que ça viendra et que ça fera mal, je m’y attend je me connais ! Mais j’ai de la chance d’être très bien entourée et d’avoir un super chéri, ça aide tellement !
      Bises.

  9. Marion dit :

    Oh pauvre chouette. Je ne saurais trouver les mots pour te consoler car il n’en existe pas malheureusement. La seule chose est que je tenvoi milles belles pensées et câlins 💕
    Câlins yuna le plus possible, fais toi dorloter et laisse le temps faire son œuvre.

    Je t’embrasse !

    • Famille Plume dit :

      Merci beaucoup ! Je profite de ma Yuna, elle m’aide tellement sans le savoir, même quand elle en profite pour être difficile ! 😉
      Bises

  10. sam dit :

    Ne pas se sentir bête d’aimer, dès le premier jour ce petit être qui se niche dans notre ventre , mais surtout dans notre tête , et notre COEUR!!!
    J’ai vécu 3 fausses couches après la naissance de notre bébé lou , dont la première à 48h avant l’écho du 1e trimestre. (J’avais eu droit à une écho 5 jours avant car le taux b-hCG était limite ) , et sur l’écran j’ai vu son petit coeur battre…et je l’ai aimé, alors que ce n’était qu’un petit point sur l’écran. Mais tu sais , je pense qu’à partir du moment où tu vois apparaître la deuxième ligne sur ce test pipi , tu ne peux t’empêcher de te projeter dans l’avenir avec ce bébé à naître.
    Laissez venir des mots de la personne quand elle sera prête , svp ne dites pas à la personne (et son moitié ) : « pas grave hein…vous êtes jeunes. ..vous en aurez d’autres. ..vous en avez déjà. ..vaut mieux maintenant que plus tard… »
    Mes pensées sont avec vous, bisous bisous.

    PS: envie de terminer sur une note heureuse , j’ai accouché de notre petite princesse l’année dernière, après des tests multiples pour des fausses couches à répétition, RAS…faute à pas de chance, bref garder espoir…

  11. Lesptiteschosesdedidile dit :

    Je ne sais pas trop quoi te dire. Pas parce que je n’ai rien à dire mais parce que je ne trouve pas les mots. J’espère que le temps et l’amour des tiens atténuera ta douleur. Je suis de tout coeur avec toi ma belle. Je te fais des millions de bisous ❤

  12. juste1maman dit :

    Mon dieu que votre histoire me touche. Je suis tellement désolée pour vous.
    Pour mon fils, 2 semaines après sa conception, j’ai eu une énorme douleur, direction urgences (qui par chance sont mieux que celles de votre ville), et non, pas de grossesse extra utérine. Ouf !
    En revanche, alitement à 5 mois. À 7 mois, réveil en pleine nuit avec grosse perte de sang. Le trajet habituel de 25 min pour aller à notre hôpital s’est transformé en 10 min. Nous avons retenu notre souffle jusqu’au monito. Puis nous avons entendu son cœur, et nous avons ouvert les vannes à larmes !!
    Quand je prends cette route, j’y pense tout le temps. J’imagine donc comme cette situation doit être difficile et même inexplicable pour vous. Je vous envoie plein de courage et vous souhaite du fond de mon cœur tout le bonheur du monde

    • Famille Plume dit :

      Merci !
      Étrangement, ma première grossesse qui aurait du être stressante (décollement placentaire puis contractions dès 3 mois de grossesse, alitement du début à la fin…) ne m’a pas inquiétée. J’y croyais, je me disais qu’en écoutant les médecins tout irait bien.
      Cette fois-ci, j’avoue que j’avais très peur d’une fausse couche. Je devais le sentir au fond de moi que quelque chose n’allait pas, sans trop le savoir.
      Merci beaucoup en tout cas, on s’est relevés plus fort de cette histoire ! 😉

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