Parentalité

Quand la violence est banalisée.

Au moment où je pose ces mots, je suis encore choquée et en colère. Pourtant ceux qui me connaissent savent que je suis carrément calme… Il y a peu de temps, une amie m’a fait voir un extrait de l’émission Salut Les Terriens. Je regarde très peu la télévision et ne connaissais pas cette émission. On y voit un philosophe et écrivain, Emmanuel Jaffelin et le thème du « débat » : Pour ou contre la fessée. Avant même d’écouter, le titre me paraît réducteur. La fessée ? Moi je dirai « pour ou contre les violences éducatives » mais peut être que ce terme orienterait le débat ? Peut être que la fessée semble un mot plus doux que le mot violence ?!

Avant toute chose, je n’ai pas vu l’émission mais uniquement cet extrait de 5min38, donc je ne vais parler que de ce passage. Et heureusement car j’aurai probablement fini en crise de nerf… Bon, et vu le pavé que je ponds avec un extrait, j’ose pas imaginer le roman si j’avais tout vu ! 😉

Le corps à corps.

Donc voici l’argumentaire qu’on entend : l’enfant est conçu grâce à une « copulation », à « du corps à corps » et « il est important que, quand l’enfant commet une faute, que par prévention ou par humeur, on puisse revenir à ce corps à corps, assumer notre autorité paternelle ou maternelle ». Puis il nous explique que nous sommes dans un monde où le corps n’a plus sa place.

Je m’arrête là pour le moment.

Déjà il nous dit qu’il est important de pouvoir frapper son gosse. On est d’accord ?

Beaucoup le pensent, vous connaissez mon point de vue là-dessus… Mon point de vue n’étant que personnel, je vous invite plutôt à vous renseigner sur les études réalisées scientifiquement sur l’effet des violences éducatives. Vous vous forgerez votre propre avis en sachant objectivement ce que l’on sait aujourd’hui des effets de ce genre de comportement.

Ensuite, je suis un peu perturbée par le « par prévention ou par humeur »… Le parent dépassé qui, à bout mentalement et physiquement, met une tape à son enfant ça peut arriver. Lever la main à toutes les sauces ça c’est carrément autre chose… (et oui j’ai déjà vu et connu ça…)

Le but est donc pour lui d' »assumer notre autorité paternelle ou maternelle ». N’existe-t-il pas d’autres moyens que la violence ? En frappant, vous n’avez pas d’autorité, vous faites peur. Le respect (du parent, des autres, des règles,…) ça s’apprend avec des mots et des attitudes. La peur, la crainte, le mensonge, et même la haine,… ça s’apprend avec des coups.

Enfin, il parle d’un « monde où on veut évacuer le corps ». A-t-il lu ne serait-ce qu’une approche de la parentalité bienveillante / positive, bref sans violence ? Le corps y a toute sa place.

Vendredi j’ai amené ma fille au parc, elle attendait ce moment depuis longtemps ! Manque de chance, le parc est en travaux. J’étais énervée, il faut du temps pour préparer 3 enfants et marcher jusqu’au parc… Et quand je lui ai dit qu’il était fermé elle s’est écroulée. En pleurs, elle a hurlé sur la majorité du trajet retour, en se jetant par terre et me tenant la jambe.

Il aurait fait quoi monsieur le philosophe par « humeur » ? Il lui aurait collé une belle gifle ou fessée, en criant que c’est comme ça, qu’elle se relève et qu’elle marche ! Du coup j’ai fait quoi ? j’ai pris sur moi, soufflé un bon coup (ou plutôt 5 ou 6 fois) et je l’ai prise dans mes bras. J’ai affronté le regard des vieux qui nous croisaient choqués, je l’ai consolée du mieux possible. Et pire, si je n’avais pas la poussette double je l’aurai même portée jusqu’à chez nous. Non elle ne gère pas ses émotions et non ce n’est pas un enfant roi. Non je n’ai pas levée la main mais ouvert mes bras. Le corps n’est pas évacué mais bienveillant et accueillant.

Les parents qui n’en seront plus.

Et là, le moment où j’ai éteint la vidéo tellement ça m’a mise en colère. « Quand on prélèvera un bout de sperme, un ovule, qu’on fécondera, là je dis ok. Le parent n’est plus vraiment le parent à ce moment-là« .

Pardon ?!

Qu’en est-il des enfants nés grâce à la PMA ? Qu’en est-il des enfants adoptés ? Je suis tellement en colère d’entendre ces propos-là… Surtout vu notre court parcours PMA, surtout que j’ai deux mamans grâce aux aléas de la vie, surtout qu’un parent l’est par son comportement et non par son ADN ! C’est la troisième fois que je visionne cette vidéo (il m’a fallu deux fois pour la voir en entier et une troisième pour cet article) et j’ai toujours cette boule de colère qui m’envahit.

Cet homme devrait s’excuser publiquement de tels propos. S’excuser auprès de tous les parents ayant recours à la PMA ou à l’adoption. Et s’excuser auprès de tous les enfants de ces parents-là. Je suis écœurée d’entendre ce genre de choses… Et personne ne le coupe, personne ne le reprend…

Frapper, c’est de l’amour.

Ensuite vient un passage où il dit qu’il est mal à l’aise quand il tient sa fille par la taille de peur de passer pour un pédophile. Ah bon ? Si le regard des gens te gêne, travaille sur toi et ton égocentrisme… « si je caresse mon enfant je suis accusé de pédophilie et si je la frappe je suis accusé de maltraitance. Alors que les deux c’est de l’amour ! »

NON ! Frapper n’est pas aimer. Définitivement non ! Merde !

J’ai dit plusieurs fois à ma mère que j’avais peur de son mari. Et elle m’a toujours répondu « il est dur parce qu’il vous aime ». NON ! Cet argument ne tient pas la route et me met hors de moi.

Frapper c’est échouer en utilisant la violence pour se faire entendre lorsque plus rien ne marche. C’est ne plus réussir à communiquer. Ou pire, c’est utiliser la peur pour dresser. Frapper c’est vouloir faire mal. Vouloir faire mal n’est pas aimer. Non, non et non ! Et peu importe ce que vous me direz, philosophe ou pas, frapper n’est pas aimer.

Oui je suis clairement radicale sur ce point-là. Mais attention, je ne dis pas que les gens qui tapent n’aiment pas leurs enfants ! Je dis que taper n’est pas aimer. J’espère que vous saisissez la différence.

L’enfant roi.

Dans la suite de son argumentaire, « on a retiré à la famille son autorité. Aujourd’hui la vraie autorité de la famille, c’est l’enfant. C’est l’enfant qui a le plein pouvoir« .

Ah bon ? On doit pas fréquenter les mêmes familles alors…

Ensuite il se permet de se moquer légèrement du numéro gratuit « Allo Enfance ». Pour info, c’est le 119. Re-pour info, il a traité près de 33 000 appels d’enfants en danger ou de leurs proches en 2016. Et re-re-pour info, ce numéro est imprimé dans ma tête depuis le jour où j’ai culpabilisé de vouloir le composer. Et comment les enfants peuvent culpabiliser ? Quand son parent tient exactement les propos qu’il prononce « Je lui ai dit : écoute la prochaine claque tu l’appelles. Tu perdras ton père mais t’auras plus de claque« .

Alors d’accord, sa fille est certainement en sécurité avec son père adepte des claques. Mais si elle ressent le besoin de composer ce numéro, ce n’est pas pour rien peut-être. Peut-être qu’elle a voulu dire à son père « Papa, ne me frappe plus, ce n’est pas normal ». Ou peut-être qu’elle a besoin d’exprimer ce qu’elle ressent, son sentiment d’injustice lorsqu’elle est frappée. Et plutôt que de la faire culpabiliser, il aurait pu la rassurer, la prendre dans ses bras, lui dire à quel point il l’aime et écouter ce qu’elle avait à dire au fond. Et oui, je me permet de le juger puisqu’il expose publiquement son désir de continuer à frapper ses gosses.

L’interdiction de la punition.

Enfin, il parle de l’interdiction de la punition comme il parlerai d’un cancer qui se répand… « Par mimétisme, par ce qu’on croit être le secret de la démocratie on veut le faire. Alors qu’en réalité c’est devenu une catastrophe« .

Même pas la peine de commenter je pense, non ?

« En interdisant la fessée sur l’enfant, on feint d’aimer les enfants. Alors qu’en fait on n’en fait plus des enfants. Pourquoi ? Parce qu’on se considère comme des enfants. »

La logique là elle est où ? On ne tape pas Yuna. Et pire que de l’aimer, on a même fait une petite sœur !

 

Le besoin d’attention.

Il nous parle ensuite d’une maman qui a giflée sa fille qui s’est enfuit sur une route très passante. La maman a eu très peur et je peux comprendre ce geste. Il résume ensuite très bien la situation : la petite avait besoin de l’attention de sa maman qui était sûrement très prise par le bébé. Et au travers de sa bêtise elle a eu sa mère que pour elle. Alors il prend ce geste incontrôlé comme un exemple, comme la marche à suivre. Mais non ! La maman a eu la peur de sa vie, son geste vient de là et je ne permettrai pas de juger : j’aurai peut être fait pareil. Mais de façon générale, la petite a besoin d’attention. Pas de gifle ! Un câlin, un temps ensemble seraient bien plus bénéfique !

Dresser ses enfants.

Après une petite liste d’enfants battus qui ont bien réussis, voici venu le temps de la facilité de ne pas frapper ses enfants. Puis le présentateur s’y met « si quand ils sont petits vous les dressez, pour vous c’est difficile parce que c’est plus facile de tout leur passer, mais après quand ils sont grands, il vous remercieront d’avoir été dur avec eux. Comme moi je remercie les curés qui m’ont dressé« .

NON ! je ne remercie pas ma mère et son mari. Ils nous ont dressés oui : j’étais fausse, éteinte, méchante en cachette, menteuse, sans cesse sur mes gardes,  effrayée. Mon père et ma maman de cœur nous ont élevés : j’ai pris confiance en moi, j’ai fait des choix, pu m’exprimer, expérimenter sans crainte,… Vous ne voyez pas la différence ? Moi oui.

Nous ne dressons pas nos filles, nous essayons de les élever du mieux possible en fonction de nos valeurs. Et pour l’instant, je peux vous dire que je suis carrément fière de ma grande.

Bien sûr, on entend qu’il est beaucoup plus facile de tout laisser passer aux enfants. Donc soit on tape soit on laisse tout passer ? Le monde est noir ou blanc aussi ? Qu’il essaie le maître-dresseur de se faire entendre par un enfant en crise sans lever la main. On verra si c’est facile. D’autant plus quand nos réflexes appris sont violents… Il faut travailler sur soi, trouver des alternatives, passer du temps à rassurer, calmer, parler, câliner…

Les gens d’en bas.

Bon, on finit avec un discours magnifique sur les gens d’en bas dont il faut comprendre qu’ils n’ont pas le temps de faire autrement… Bon je passe sur les  gens d’en haut et les gens d’en bas, discours qui me hérisse encore un peu plus le poil. Mais ces personnes là, qui ne savent pas faire autrement, aidons les ! Je suis sûre que si on leur proposait de leur donner des clés pour des relations plus sereines elles diraient oui ! Parce qu’être pauvre et bosser beaucoup ça veut dire qu’on frappe nos enfants ? Ma grand-mère n’a pas frappé ses 4 enfants et elle a pourtant bossé dur pour tenir le cap. Mais vous, les gens « d’en haut » de l’émission, vous prônez un dressage d’enfant…

Petit sondage pour conclure…

J’ai un fait un petit sondage sur instagram. Bien sûr, ça vaut ce que ça vaut mais je trouve les résultats assez parlants :

  • Avez vous reçu des fessées, gifles,… étant enfants ? oui : 80% – non : 20%
  • Parmi ceux qui en ont reçu, en donnez vous ? oui : 33% – non : 67%
  • Parmi ceux qui n’en ont pas reçu, en donnez vous ? oui : 15% – non : 85%
  • Puis, parmi ceux qui en ont reçu mais n’en donnent pas, est-ce que vous luttez parfois contre l’envie de le faire ? oui : 62% – non : 38%
  • Parmi ceux qui n’en ont pas reçu et n’en donnent pas, est-ce que vous luttez parfois contre l’envie de le faire ? oui : 48% – non : 52%
  • Pour finir, parmi ceux qui en donnent, aimeriez vous savoir comment faire autrement ? oui : 71% – non : 29%.

10 Comments

  • mamansurlefil

    Magnifique article. D’habitude, je zappe un peu quand c’est trop long et bien là, j’ai été jusqu’au bout. Pour être honnête, j’ai reçu quelques fessées petites mais vraiment rien. Et je suis entièrement d’accord avec toi, on peut mettre des règles et les faire respecter sans violence. Il m’est déjà arriver une fois de craquer et clairement ce que j’ai vu dans le regard de mon fils m’a vacciné à jamais…

    Bref, juste merci !

    Virginie

    • Famille Plume

      J’avoue que j’ai voulu me freiner en voyant la longueur de l’article… mais impossible pour moi de réduire cet article en fait. Je crois que ça me tenait trop à cœur.
      Merci à vous tous pour vos retours positifs autour de ce sujet compliqué.

  • une mummy

    Très bel article, parfaitement juste à mes yeux. Je parle souvent des VEO sur mon blog, pourtant j’y ai été fortement confrontée, petite. Ca a fait de moi une personne peu sûre d’elle, obéissant par peur sans saisir son propre intérêt, avec un rapport compliqué au corps. Bref, raté pour le coup des remerciements. Les coups, on ne s’en donne pas entre adultes (sensés) alors pourquoi certains se le permettent sur leurs enfants? Ca les réduit au rang de quoi: meubles? Animaux? J’aimerais que ces parents y réfléchissent. Nos patrons nous frappent-ils lorsqu’ils sont insatisfaits? S’ils ne faisaient, cela rétablirait-il vraiment les choses? Et puis, ne pas oublier que nos avons une valeur de modèles pour nos enfants: veut-on leur enseigner qu’il faut être violent pour être entendu? Bref, ici non plus, pas de VEO! Et pas d’enfant-roi et tout le monde va très bien!

  • sijosais

    Merci pour ce superbe article Rien qu’en te lisant je sens la colère… Jamais je n’ai tapé mon enfant et je ne compte pas le faire Je plains ces femmes et ces hommes qui parlent sans savoir Ils ont dû et doivent encore manqué beaucoup d’amour…

  • Melo

    Très bel article ! C’est dingue de laisser ce genre d’individu ayant une mentalité d’un autre âge s’exprimer devant une large audience comme ça ! Et la blague est que ce « philosophe » est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages sur la gentillesse !

    Je ne donne pas de fessée à mon fils, j’en ai très peu reçu de la part de mes parents (je me souviens notamment de la « classique », quand on a disparu pendant un moment et qui est une réaction de peur de la part de la mère). Mais ce n’est pas pour cela que c’est un enfant-roi, loin de là.

  • eofdcjuf

    Merci, merci, et merci pour cet article qui explique clairement les tenants et les aboutissants de l’éducation bienveillante.

    Pour ma part, j’ai mis une fessée à mon grand (il m’a donné un coup de pied dans le ventre 15 jours après la naissance très douloureuse de son frère, c’est parti tout seul et je me suis excusée immédiatement), le second est beaucoup plus difficile à comprendre pour moi, et je suis assez fatiguée, bref, pas plus tard qu’avant hier, je lui ai mis une tape sur la main (ça faisait 20 fois qu’il balançait ses jouets sur l’écran de télé, ce n’est pas une excuse hein, c’est juste le contexte), et je suis sortie de la pièce parce que la colère continuait de monter en moi. Pas 1 minute plus tard, j’entends mon grand qui mettait des claques sur la main de son frère…

    Je suis revenue et me suis excusée platement, mais ça m’a effrayée ce mimétisme…mon grand n’avait jamais tapé avant (en tous cas pas devant moi, et encore moins son frère).

    En tous cas, cette « expérience » m’aura vraiment confortée dans ma vision de l’éducation (bienveillante donc, normalement ;))

    Bonne journée!

    • Famille Plume

      Et oui, nos enfants apprennent par l’imitation… On ne peut pas reprocher à un enfant de taper si nous même nous le faisons. Mais ne soit pas dure avec toi-même, apprendre que les parents ne sont pas infaillibles est une bonne chose aussi ! 😉
      Pas plus tard qu’hier, ma grande m’a demandé si j’allais punir sa soeur qui lui avait mis un coup de pied (à 5 mois tu imagines l’intentionnalité… lol). Ici on ne punie pas, mais à l’école si. Et voilà qu’elle a très vite intégré qu’il faut isoler les enfants « pas sages » donc…
      Bonne journée à toi aussi !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :