Quand la maternité soulève nos vieilles angoisses.


Autant j’ai toujours voulu être mère, autant j’ai toujours eu peur de ne pas savoir l’être.

Enfant je n’étais pas heureuse. J’en voulais à ma mère de l’enfance qu’elle m’offrait. Pourtant je sais aujourd’hui qu’elle a fait comme elle a pu, de la façon qu’elle a pensé être la meilleure pour nous et qu’elle n’a pas su exprimer (ou ressentir) ses émotions.

Je n’étais pas ce genre d’enfant qui était privé du dernier jouet à la mode parce que ses parents n’en avaient pas les moyens, j’étais celle qui n’avait pas le dernier jouet à la mode parce que celui-ci n’était pas éducatif. Pour moi exit la télé (ça va te rendre débile !), les tamagotchis (ça va te rendre débile et en plus on a un chat !), les vêtements à la mode (trop moooooches), les cheveux longs (trop embêtant !), les boucles d’oreilles (trop dangereux !),…

Je n’étais pas ce genre d’enfant qu’on câline quand il a peur, j’étais plus celle à qui on dit T’es trop grande pour pleurer, t’es pas malade va à l’école, on n’est pas méchants on t’éduque : c’est parce qu’on veut le meilleur pour toi,…

Je n’étais pas ce genre d’enfant qu’on amène chez le pédopsychiatre dès qu’il fait quelque chose de travers, j’étais celle à qui on interdit formellement d’aller voir la psychologue du collège : Arrête ton cinéma, c’est pour te rendre intéressante.

Je ne raconte pas tout ça pour me plaindre, pour vider mon sac ou critiquer ma mère. Juste pour vous expliquer pourquoi aujourd’hui être mère pour moi ça signifie aussi avoir la responsabilité du bonheur de ma fille. Aujourd’hui, je fais ce que je peux tout en sachant que oui je ferai des erreurs, que peut être ma fille m’en voudra, que peut être que je m’en voudrai aussi de certains de mes choix. Voilà pourquoi est tatoué sur mon bras « Love is Enough » : pour que jamais je n’oublie que ce qui importe le plus dans une vie. Ce n’est pas l’argent, la perfection, la beauté, la carrière,… mais l’amour qu’on offre et qu’on reçoit. Non je ne suis pas une hippie.

Et si j’arrive à vivre en me disant ça c’est que j’ai « vaincu mes fantômes du passé ». En fait je les ai juste fait taire, ils sont toujours là, bien présents à me rappeler ce que je ne veux pas, à essayer de me faire peur… Mais je les ignore souvent, les écoute rarement. J’ai appris à vivre avec et je m’appuie sur mon chéri quand ils m’effraient trop.

Pourquoi je parle de tout ça ?

Parce que dans mon entourage, il y a une maman qui vit très mal sa maternité. Je pense qu’elle m’en veut, qu’elle en veut à la terre entière et à elle-même. Parfois je suis excédée, parfois j’ai de la peine, souvent les deux sentiments se mélangent.

Je me dis que si je n’avais pas résolu mes problèmes plus tôt je serais comme ça. Je me félicite d’avoir été plus faible à une période qui n’aura pas eu d’impact sur ma fille et d’être plus forte aujourd’hui pour elle. Non je n’ai pas honte de dire que j’ai été très mal, que j’ai fait une dépression, que je suis une ancienne phobique (sociale et scolaire) qui s’est « soignée » et qui continue à le faire au quotidien. Je suis fière de mon parcours parce que je vois qui j’étais et qui je suis aujourd’hui (et je suis fière de mon chéri qui m’a supportée dans une période difficile et sans qui je n’en serai pas là…).

Je me dis que je voudrais aider cette maman mais que ce n’est ni mon rôle, ni ce qu’elle veut que je fasse.

Quand elle me dit « Ah mais toi tu es parfaite« , sur un ton de reproche, parce que je ne partage pas ses craintes j’aimerai lui répondre que non, je ne suis pas parfaite…

– mais que j’ai appris à vivre sans l’être.

– que j’ai beaucoup de craintes mais qui ne m’empêchent pas de vivre ni de profiter de ma fille ou du bonheur qu’elle m’apporte.

– que j’ai résolu mes problèmes plus tôt et qu’elle devrait résoudre les siens.

– qu’elle y arrivera aussi, que c’est une mauvaise période, sûrement une des pires de sa vie.

– mais aussi que malgré tout j’espère chaque jour que ma fille sera fière de ses parents et heureuse toute sa vie, que je saurai répondre à ses inquiétudes, la rassurer et ne rien ignorer, que je saurai me remettre en question si il le faut. Car les angoisses ne disparaissent pas, on vit avec.

Je dois avouer que j’ai eu très peur que la maternité réveille mes angoisses, mes problèmes,… Je dois bien avouer que j’ai eu très peur de comment j’allais être, de savoir si je pouvais aimer mes enfants, si je pouvais gérer les sentiments et émotions qui m’attendaient.

Et je n’ai pas honte aujourd’hui de dire que je suis fière de moi parce que si aujourd’hui je suis heureuse c’est parce que j’ai réussi à « vivre avec » mes névroses.

Je suis passée de « je ne peux pas aimer » à « je crois que je l’aime trop« … Une nouvelle crainte qui me rappelle que je suis devenue humaine.

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Une réflexion sur “Quand la maternité soulève nos vieilles angoisses.

  1. eofdcjuf dit :

    Je n’avais pas vu cet article qui me parle tellement! Je n’ai pas été heureuse enfant (mais attention je n’ai pas eu une enfance malheureuse nuance!).
    Je n’ai jamais eu de compassion, mes parents ne se remettaient jamais en question. Quand je vois mon fils, il me ressemble beaucoup, il est colérique, il pleure souvent, sauf que moi, je sais qu’il n’est pas là pour m’embêter, il est très sensible, alors je fais bien attention de ne surtout pas faire ce que l’on m’a fait.
    Bref, désolée du pavée, mais ton article me parle, et la maternité à fait revenir à la surface des bagages que je pensais bien abandonnés.
    En tous, effevtivement de ce qu’on peut lire sur ton blog, tu peux être fière de la maman que tu es!
    Bises

    • Maman Plume dit :

      Je te remercie pour ton commentaire. C’est justement mon enfance similaire à la tienne (jamais entendue, pas de compassion…) qui me pousse vers la bienveillance et la compréhension et l’amour avant tout.
      As-tu lu les livres de Filliozat ? Je pense qu’ils peuvent t’aider pour gérer (et comprendre ?) les colères de ton fils.
      Et je te remercie pour ce joli compliment qui me touche.
      Bises.

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